nouvelles compréhensions du monde
Devant les changements scientifiques et sociaux en cours, les anciennes vérités révèlent leurs limites et deviennent caduques. Les grandes découvertes biologiques modernes démontrent que la vie n'est pas qu'un rapport de force où la domination des forces du pouvoir et la loi du plus fort élimine systématiquement le plus faible; actuellement les enseignements tendraient à montrer que tous les aspects et configurations de la vie s'interpénètrent et agissent entre eux d'une manière harmonieuse pour former des écosystèmes vivants et évolutifs, presque auto-réparateurs. Les organismes vivants, pour assurer leur protection et survie, comptent sur des mécanismes de défense. Mais ces systèmes n'agissent jamais en détruisant les milieux vitaux, l'action est menée au niveau des vecteurs de maladies par la reconnaissance et une réduction des menaces.
Selon les conclusions d'une récente discussion entre experts militaires, ils ont pris conscience que :
- avec l'évolution des technologies, l'action militaire pour la défense armée est réellement destructrice car tout affrontement militaire promet d'infliger des dommages considérables au territoire et à la population au sein duquel il se déroule,
- même d'un point de vue défensif, la guerre ou sa menace ne sert plus aucun but utile car, au sein des pays industriels avancés, elle promet rien d'autre qu'un degré de dévastation qui insulte à l'idée même de victoire militaire.
- la dissuasion par la force militaire est devenue une stratégie morte et sans recours car le monde a changé et la nature que peuvent revêtir les menaces est devenue non-militaire.
les nouvelles menaces et nos ennemis
La force d'une nation moderne et dynamique ne peut plus se mesurer à l'aune de ses armes car elles sont inutilisables pour la résolution des nouveaux conflits. Dorénavant, avant qu'un conflit armé puisse surgir entre deux cantons ou d'autres pays, il faudrait imaginer l'arbitrage pacifique de la Confédération autour d'une table de négociation rendant possible un règlement à l'amiable du diffèrent. Car on peut légitimement craindre pour son avenir si malgré les grands progrès technologiques de ces dix dernières années et en dépit des énormes possibilités de destruction, on continue à se parler en termes de rapport de force et de jugement d'autrui.
Les partisans de l'effort militaire, au travers de leurs déclarations passées et présentes, nous permettent de connaître leurs véritables motivations et intentions concernant la "nature humaine", les nouvelles menaces et nos ennemis:
- J.P. Delamuraz : "Lorsque j'étais jeune, j'avais confiance en la nature humaine. Maintenant, lorsque j'observe ce qui se passe dans le monde, j'ai des doutes métaphysiques. La nature humaine peut tourner et le social peut changer de face. On voit les limites humaines, il peut avoir de tragiques retours de manivelle. La réalité, que l'on cache par inconscience ou oubli, montre que le côté sadique de l'homme et sa violence sont toujours à l'œuvre."
- F. Jeanneret : "Le confort moderne et l'individualisme égoïste affaiblissent notre volonté de défense . . ."
- J. Verney : ". . . le rejet de l'armée est le fait de gens paresseux, allergiques aux efforts et aux exigences de la préparation militaire, ne voulant pas faire de sacrifices pour la crédibilité de l'armée . . ."
- J. Freymond : "La montée de la violence et le désir de destruction chez certains, nous renvoie à la décadence romaine"
- Dr H. Voëgli : "Il y a des peaux qu'on peut trouer . . ."
- Un obscur Brigadier : "L'homme est naturellement mauvais. Il n'y a que l'armée pour inculquer aux hommes une conduite qui les garde sur le bon chemin et pour les apprendre à être obéissants . . ."
- Mme O. Jàger : ". . . les flux migratoires attirés par nos richesses et notre confort, l'affluence excessive de réfugiés, pillards, trafiquants, bandes d'hommes armés . . ."
- Commission E. Brunner : ". . . les tentatives de déstabilisation intérieure fomentées par des groupes luttant contre nos choix de société, cherchant à changer la société . . ."
- "les personnes mécontentantes, aigries, faibles, marginales, propagatrices de fausse paix . . ."
- "les trafiquants de drogues et le crime organisé . . ."
- "les terroristes qui s'en prennent à la vulnérabilité de nos sociétés . . ."
- "les dangers de la paix : le confort moderne, le pacifisme, la non-violence, l'indifférence politique et nationale . . ."
notre nature humaine
Nous pouvons constater que sous prétexte de réalité, on nous décrit le côté sadique de notre nature humaine d'une manière si négative, péjorative, subjective et diffamatoire que cela devient un jugement et une condamnation suprême, totalitaire et incontournable. Nous pouvons retenir de toutes ces affirmations péremptoires que la nature humaine est ressentie d'une manière tellement négative (violence, terreur, mort) qu'il faut des armes pour s'en défendre. Notre société clame que nous ne sommes pas capables de gérer la "nature humaine" autrement que par la logique du rapport de force, la dissuasion par la menace (!!), la peur et la main armée qui donne la mort.
Mais le recours à la force armée n'est pas un acte de civilisation et il est toujours le signe d'un constat d'échec :
- aucune perception de la finalité de l'homme sur cette terre et de notre amélioration possible, la nature humaine est toujours perçue d'une manière fortement négative.
- échec de la résolution pacifique des conflits, la domination par les armes est une barbarie et un déni de civilisation.
- échec des droits de l'homme, nous sommes incapables d'établir une société où les conflits se règlent entre gens de cœur, pacifiquement.
- échec du respect et l'amour de son prochain, nous employons des expédiants mortels pour l'élimination physique de l'autre.
- échec dans l'établissement des relations interpersonnelles, l'autre est perçu comme une menace. Nous réglons nos différants par la mis à mort de l'autre.
- échec de la nouvelle façon de voir l'homme telle que peuvent la définir des scientifiques renommés tels :
A. Jacquard, H. Reeves, F. Capra, C. Sagan, A. Einstein. On préfère le jugement sommaire et les actes d'exclusion et de la mort.
conclusions
Nous savons tous à présent que si l'homme veut continuer son cheminement sur cette terre, nous devons tous rentrer dans une autre logique plus proche d'une autre réalité, celle qui mène à l'auto-construction de l'individu, de son âme et de la création de liens d'amour entres les gens et de convivialité dans nos environnements construits. En conclusion, un individu motivé autrement, une personne forte et consciente d'elle-même est parfaitement à même de se défendre quand il le faut, avec les moyens qu'il faut, sans encadrement, sans donner la mort, c'est l'alternative non-violente.
Georges Tafelmacher
objecteur de conscience, pacifiste, humaniste et antimilitariste
GSsA - PULLY - CH
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