48LA DER24 heures
Jeudi
3 avril 2003






Courrier des lecteurs

PROCHE-ORIENT
Pas de recrudescence de violence

  On a beaucoup entendu, ces dernier temps, qu'Israël allait profiter de la guerre lancée par les Etats-Unis contre l'Irak pour commettre les pires exactions à l'encontre des Palestiniens. Or, la guerre a débuté depuis plus d'une semaine et les Palestiniens n'ont eu à se plaindre pour l'instant d'aucune aggravation de leur situation. Ce qui n'est pas le cas des Israéliens puisque, cet après-midi, un terroriste palestienien s'est fait sauté è proximité d'un café, faisant ainsi trente blessés, tous des civils.
  Les Palestiniens doivent comprendre qu'ils n'arriveront à rien par la force. La majorité des Israéliens sont aujourd'hui en faveur d'un retrait militaire des territoires palestiniens et de l'établissement dans ces territoires, d'un Etat palestinien indépendant. Ariel Sharon lui-même s'est démarqué de son parti en acceptant explicitement l'idée d'un Etat palestinien. Mais il y a une chose que les Israéliens ne sont pas prêts à sacrifier, même au profit de la paix : leur sécurité. Tant que les Palestiniens n'auront pas compris que l'établissement de leur Etat est subordonné à l'arrêt du terrorisme, il ne sera pas possible de parvenir à la paix.
  Que l'on soit ou non favorable à la guerre menée par les Etats-Unis en Irak, il faut savoir être pragmatique et profiter du «nouveau Proche-Orient» qui va certainement naître à la suite de cette guerre : c'est le moment ou jamais pour les Palestiniens de montrer qu'ils sont prêts à arrêter la violence et à négocier.


Julien Pellet,
Lausanne


PROCHE-ORIENT
On regarde ailleurs, c'est tout

  A propos de la lettre «Pas de recrudesence de violence» de M. Julien Pellet (réponse au 24 heures du 8 avril 2003) :
  La lettre moraliste de M. Pellet me donne l'occasion de remettre l'église au milieu du village car les contradictions dans ce texte sont trop flagrantes pour les laisser passer sans autre. Par exemple lorsqu'il dit que les Palestiniens doivent comprendre qu'ils «n'arriveront à rien par la force» alors qu'Israël est en train d'utiliser la force et la violence la plus répressive dans les territoires conquis ou qu'en même temps, les US sont en train d'établir la démocratie en Iraq par une force armée d'une violence inouïe en vu de «démocratiser» toute la région (Palestine incluse). Ou lorsqu'il demande aux Palestiniens de «comprendre» que l'établissement de leur état est subordonné à l'arrêt des attentats alors que l'arrêt des attentats est subordonné à l'évacuation de la Palestine de l'armée israélienne.
  Si on entend moins parler de la Palestine ces jours, ce n'est pas parce que l'armée israélienne ne commet plus d'exactions mais simplement parce que l'actualité étant complètement axée sur l'invasion de l'Iraq, l'armée israélienne ayant tellement resserrée et renforcrée son occupation chaque jour, cette réalité empêche toute divulgation de toute nouvelle en provenance des territoires dévastés. Si «les Palestiniens n'ont eu à se plaindre d'aucune aggravation de leur situation», c'est qu'ils n'ont pas pu car avec l'occupation militaire, les couvre-feux et les tirs à vu, ils n'ont plus de moyens de faire connaître leur sort.
  M. Pellet est coutumier de ce genre de propos insidieux et les seuls réponses qu'on devrait lui adresser, ce seraient le témoignage des gens sur place, les faits avérés, la nature des exactions et la philosophie dernière les actes barbares d'une armée d'occupation.


Georges Tafelmacher,
Pully


PROCHE-ORIENT
Pas mieux

  A propos de la lettre de M. Julien Pellet (réponse au 24 heures du 14 avril 2003) :
    Il me paraît parfaitement correct et totalement justifié que votre rédaction publie des avis divers et parfois divergents. C'est tout à votre honneur. Néanmoins, je suis un peu attristé de voir à quel point celui de M. Pellet manque singulièrement de fond argumentatif. Il est triste de constater que ses remarques manquent de verve au point de relater les faits d'une manière plutôt hasardeuse et de s'efforcer de croire que la volonté de tout le peuple israélien est la même que celle du gouvernement Sharon, apportant dès lors à ce dernier un soutien que je qualifierai d'aveugle.
  Je cite: «Les palestiniens n'ont eu à se plaindre pour l'instant d'aucune aggravation de leur situation.» Je propose à M. Pellet d'aller vivre à Gaza pour qu'il puisse constater par lui-même que la situation est difficilement possible à aggraver. Il est de plus connu que le gouvernement américain a fait pression pour qu'Israël ne mette pas à exécution les projets de déportation proposés par certains de ses élus (et nommés candidement «transfert» par le gouvernement israélien). M. Bush tient en effet avant tout à ce que sa guerre en Irak se fasse sans un embrasement total du Proche-Orient, ce qu'une déportation des palestiniens ne manquerait pas de déclencher. Il est aussi vrai qu'une «incursion» dans Tulkarem durant laquelle plus de 4000 personnes ont été interpellées, est autant inhabituelle qu'illégale, tout comme le meurtre de nombre de palestiniens ces derniers jours. Le fait est d'ailleurs est que ces meurtres, pour cause de guerre en Irak, ont été moins répercutés que l'attentat qui a eu lieu à Netanya.
  M. Pellet ne savait donc pas.   Qu'Ariel Sharon ait des projets pour un état palestinien, soit. Mais de quel état s'agit-il? De celui qu'il avait cartographié sur son plan de «paix» en 2001 où cet état


ressemblait étonnamment aux restes d'un poumon de fumeur cancéreux en phase terminale? M. Pellet ne nous informe guère là-dessus, c'est très dommage.
  Quand à l'usage de la force, je me permets de rappeler que dans cette guerre, il y a un occupant et un occupé. Que les méthodes de certains palestiniens pour résister à l'oppresseur soient discutables, c'est possible. Que les attentats soient l'œuvre d'un appareil d'état structuré plutôt que de groupuscules est une hypothèse assez douteuse. Comme si ce que M. Pellet nomme «les palestiniens» était une entité unique et monocéphale, une espèce de pieuvre à mille bras armés. Disons le clairement : tant que le gouvernement israélien croira, contre une large partie de sa population, que la sécurité passe par l'oppression, par la colonisation et par l'occupation, il y aura des attentats parce que traiter des êtres humains de telle manière engendre mécaniquement une haine incontrôlable. Les attaques du Hezbollah contre Israël ont-elles diminuées depuis le retrait israélien du Sud Liban? Répondre à cette question, c'est constater que la politique du gouvernement israélien est une horrible erreur.
  Enfin, la lecture que M. Pellet fait de la guerre en Irak fait froid dans le dos… Se rend-il compte que son «pragmatisme» se comptabilise avant tout en milliers de morts? L'occident a déjà réorganisé le Proche-Orient maintes fois sans jamais parvenir à autre chose qu'à des bains de sang continuels et malheureusement, ce n'est pas prêt de s'arrêter.


Marc-André Weber,
Lausanne



photo tiré du "Palestine Chronicle"