SUISSE : 21 semaines d'école de recrues: le Conseil fédéral en a fini avec Armée XXI

Date de parution: Jeudi 25 octobre 2001
Auteur: Antoine Menusier, Collaboration: Bernard Wuthrich

DéFENSE. Le gouvernement a rendu public mercredi son message qui accompagne la révision de la loi sur l'armée et l'administration militaire. La réforme de l'institution militaire, qui passe aux Chambres, devrait entrer en vigueur en 2004.

Une réforme du service militaire, une refonte des structures de commandement et l'affirmation selon laquelle la Suisse s'intègre, avec les limites posées par sa neutralité, dans un cadre de sécurité international: tels sont les axes forts du Plan directeur d'Armée XXI (PDA) et du message du Conseil fédéral accompagnant le projet de révision de la loi sur l'armée et l'administration militaire, transmis au parlement et rendu public mercredi à Berne. Les Chambres fédérales débattront l'an prochain d'Armée XXI.
L'Union démocratique du centre, favorable à une défense de «résistance», combattra le volet «internationaliste» de la réforme, mais elle pourrait renoncer à lancer un référendum. Dans le cas contraire, une votation décidera du sort de la future armée. La réforme entrera en vigueur en 2004 et aura des conséquences négatives pour le personnel civil employé par le Département fédéral de la défense: 2000 postes de travail devraient disparaître. Un plan social sera mis sur pied. Le processus de restructuration s'achèvera en 2010.

Le service militaire
L'école de recrues (ER) durera 21 semaines et le service militaire, en tout, 262 jours. Les planificateurs de l'armée prônaient 24 semaines d'ER, au grand dam des milieux étudiants et économiques, favorables au statu quo 16 semaines). L'ER sera suivie de six cours de répétition de 19 jours chacun, puis les soldats seront incorporés dans la réserve pour une durée de quatre ans, sans astreinte à un quelconque service en temps ordinaire. L'obligation de servir prendra fin dans la trentième année. Les gradés de milice, sous-officiers et officiers, bénéficieront d'une instruction plus rapide que celle fournie aujourd'hui et seront eux aussi libérés plus tôt du service des armes. Le Conseil fédéral a renoncé à rendre obligatoire pour certains appelés un service militaire d'une année, effectué d'un seul bloc. L'offre d'un tel service est cependant maintenue. Elle devrait attirer 4000 jeunes par an.

Les effectifs
L'armée d'active – ER et cours de répétition – comptera 140 000 soldats, la réserve, elle, 80 000 au maximum. Armée XXI disposera donc d'un effectif théorique de 220 000 militaires. Ce nombre comprend les soldats de carrière (4000) et les contractuels (1000), ces derniers étant engagés pour une période déterminée.

Le commandement unifié
Un poste de chef de l'armée est créé, permettant au ministre de la Défense de se consacrer plus particulièrement à l'aspect politique de sa tâche. Il commandera au chef de l'état-major général. Une structure pyramidale doit remplacer un fonctionnement trop souvent horizontal, insuffisamment hiérarchisé. Au chapitre des unités, les corps, divisions et régiments disparaissent, laissant la place aux brigades et aux bataillons, autour desquels s'articulera la «modularité», autrement dit la construction, en fonction des circonstances et à partir de modules (les bataillons), d'unités ad hoc. L'armée devrait compter deux brigades blindées (au lieu de trois), quatre d'infanterie (au lieu de trois), deux d'infanterie de montagne et une de logistique. Par ailleurs, quatre régions militaires voient le jour, concession faite aux cantons. Leur commandement sera activé en cas de catastrophes naturelles.

le train
Fruit des pressions du lobby chevalin, le Conseil fédéral revient sur sa décision de supprimer les unités du train. Trois à quatre colonnes seront conservées, ce qui équivaut à un total de 400 à 500 chevaux.

Le coût
Aucun budget n'est définitivement arrêté. Armée XXI devrait cependant pouvoir compter sur une enveloppe de 4,3 milliards à ses débuts.

Une défense tous azimuts
Antoine Menusier



La réforme du service militaire, point central de la révision de la loi sur l'armée désormais soumise au parlement, est une nécessité que personne ne conteste. Les effectifs vont considérablement diminuer et la durée de l'astreinte, pour les soldats du rang comme pour les gradés, sera sensiblement écourtée. Les trentenaires et les milieux économiques en seront ravis.
Mais plus de culot n'aurait pas nui à l'ensemble du projet. Si, dans l'état actuel des mentalités, il semble impossible et pas forcément judicieux de supprimer l'obligation générale de servir, ferment d'unité nationale dans un pays pétri de doutes, il aurait été pertinent, en revanche, de proposer un service universel, militaire ou civil, au choix. Un service armé comprenant une composante professionnelle importante ou un service non armé, accompli en Suisse ou à l'étranger dans le cadre d'une politique de coopération. Cette conception suppose que les militaires, mais avant eux les politiques, assignent des objectifs clairs à l'armée. Or l'on constate, malgré une analyse centrée sur les menaces d'aujourd'hui, que le Plan directeur d'Armée XXI renvoie l'image d'une défense qui demeure tous azimuts, où ce qui importe est avant tout de trouver une occupation, quelle qu'elle soit, aux appelés.

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